| Summary: | In this paper, we re-examine a classic informal reasoning fallacy, the so-called argumentam ad ignorantiam. We argue that the structure of some versions of this argument parallels examples of inductive reasoning that are widely viewed as unproblematic. Viewed probabilistically, these versions of the argument from ignorance constitute a legitimate form of reasoning; the textbook examples are inductive arguments that are not unsound but simply weak, due to the nature of the premises and conclusions involved. In an experiment, we demonstrated some of the variables affecting the strength of the argument, and conclude with some general considerations towards an empirical theory of argument strength. L'article examine à nouveau, dans une perspective bayesienne, un sophisme du raisonnement informel classique, à savoir argumentam ad ignorantiam. Le sophisme est le suivant : l'erreur commise lorsqu'il est affirmé qu'une proposition est vraie tout bonnement parce que sa fausseté n'a pas été prouvée ou qu'elle est fausse parce que sa véracité n'a pas été prouvée. En voici un exemple : les fantômes existent parce que personne n'a prouvé qu'ils n'existent pas. Ces derniers temps, des philosophes ont commencé à recenser des conditions contextuelles dans lesquelles l'argument fondé sur l'ignorance est acceptable (van Eemeren et Grootendorst, 1993; Walton, 1992, 1996). Les auteurs soutiennent qu'une analyse bayesienne de l'argument fondé sur l'ignorance est susceptible de produire une mesure de l'acceptabilité de cette forme d'argument. Dans l'article, ils présentent une analyse en ce sens et un test expérimental de ces prédictions. Walton (1996) a reconnu trois formes de l'argument fondé sur l'ignorance : transfert du fardeau de la preuve, clôture épistémique, preuves négatives. Les auteurs se concentrent sur le cas des preuves négatives, par exemple la conclusion qu'une drogue n'est pas toxique est acceptée du fait qu'aucun effet toxique n'a été observé. Selon une analyse bayesienne, tant que le taux de base des effets toxiques est faible et la sensibilité du test est élevée, alors l'argument reposant sur l'ignorance est acceptable, quoique dans une moindre mesure que sa contrepartie positive, c'est-à-dire que la drogue est toxique parce que des effets toxiques ont été observés. Qui plus est, le volume des preuves et des croyances antérieures devrait aussi influencer l'acceptabilité de la conclusion. Une expérience a permis de tester les prédictions précitées en variant les trois facteurs, nommément polarité des arguments (négatifs, positifs), croyances antérieures (fortes, faibles) et preuves (1 test, 50 tests) dans le cadre de dialogues argumentatifs. Deux scénarios ont été retenus : l'un concernant la violence à la télévision, l'autre des tests sur des drogues. La plupart des prédictions de l'analyse bayesienne ont été confirmées. L'argument fondé sur l'ignorance a été avalisé, mais avec moins de vigueur que les arguments positifs. Plus les croyances antérieures d'une personne étaient fortes et plus les preuves étaient nombreuses, plus le crédit accordé à la conclusion était grand. Par ailleurs, l'interaction entre la polarité et les autres facteurs était largement conforme aux prédictions du théorème de Bayes. En conclusion, une approche bayesienne des sophismes du raisonnement informel semblerait ouvrir la porte à un domaine d'enquête prometteur. Elle généralise l'approche probabiliste du raisonnement (Oaksford et Chater, 2001) en l'étendant à des arguments informels. De plus, pareille analyse pourrait s'appliquer aisément à d'autres formes de l'argument fondé sur l'ignorance et par-delà celui-ci et expliquer d'autres types d'argumentation informelle. Reprinted by permission of the publisher.
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