Le rapport d'un anthropologue à son objet : Éric Schwimmer et les processus de (dé)colonisation/The Link between an Anthropologist and His Subject: Eric Schwimmer and (De)colonization Processes.

Après avoir étudié la culture maorie durant plusieurs années, j'ai commencé à travailler en Mélanésie, en 1970, parmi les Orokaiva de la Papouasie. Là, j'ai pu observer le processus de la mise en place de l'indépendance. À ma première visite en 1966-1967, le territoire était encore géré par l'[Austr...

Descripción completa

Detalles Bibliográficos
Publicado en:Anthropologica Vol. 50; no. 1; pp. 3 - 23
Autores principales: Gagné, Natacha, Campeau, André
Formato: Artículo
Publicado: Canadian Anthropology Society (CASCA) 2008
Acceso en línea:Ver este registro en EBSCOhost
Descripción
Sumario:Après avoir étudié la culture maorie durant plusieurs années, j'ai commencé à travailler en Mélanésie, en 1970, parmi les Orokaiva de la Papouasie. Là, j'ai pu observer le processus de la mise en place de l'indépendance. À ma première visite en 1966-1967, le territoire était encore géré par l'[Australie]. Les premières élections où le parti indépendantiste (PANGU) a présenté ses candidats ont eu lieu en 1968. [Je] pouvais savoir ce qui se passait parce que je comptais parmi mes meilleurs amis l'un des candidats du PANGU. Pendant mon deuxième séjour, la tension avait monté. La population était toujours en état d'attente, car l'administration australienne émettait des signes ambigus, mêlant les déclarations ostentatoires d'impartialité éclairée aux actions policières mesquines. Trois ans plus tard, la situation était devenue claire : l'Australie avait décidé de ne plus bloquer l'autonomie (« selfgovernment »), ni même si nécessaire une éventuelle déclaration d'indépendance. Pour sa part, la population a oublié, en six. ans, sa grande peur des risques de la souveraineté. En 1995, juste avant le deuxième référendum sur la souveraineté au Québec, il publia un ouvrage important pour la réflexion sur le projet d'autonomie des Québécois, Le syndrome des Plaines d'[Abraham]. Il n'hésite pas, encore aujourd'hui, à s'identifier aux Québécois et à prendre part aux processus de décolonisation. Il le fait comme conseiller ou analyste politique tout en gardant un certain recul par rapport à la situation. [Il] le fait aussi comme Québécois participant pleinement à la lutte (voir [Claude Bariteau] dans ce numéro). C'est ainsi qu'il suggère de se doter de moyens nouveaux de se connaître et d'appréhender le monde. Ainsi, Schwimmer avance qu' « [i]l est urgent d'extirper la pensée sur le Québec des paramètres définis dans une perspective canadienne, et [de] favoriser l'expression d'une lecture québécoise de nous-mêmes et du monde » (Schwimmer 2003a:86). [Andr]é [Campeau], de son côté, souligne l'importance de la médiation, sous la forme de pratiques citoyennes, dans la reconnaissance de la paternité québécoise. Faisant ressortir les blocages d'une telle médiation au sein de l'État canadien, État qui ne reconnaît pas la spécificité de la paternité de la nation minoritaire et maintient des politiques unitaires, il signale, à l'aide d'une analyse de deux sites (une association québécoise de pères et une généalogie du régime canadien dans le Haut-Saint-Laurent québécois), qu'une telle médiation exige deux conditions. D'abord, un déblocage requiert que la nation minoritaire possède les ressources symboliques nécessaires pour construire sa particularité et mener sa lutte. Ensuite, l'État doit encourager le développement d'une politique indépendante.