Cinq textes en hommage à Bernard Arcand (1945-2009)

À la fin des années 1960, Bernard et moi avons fait nos études de doctorat en Angleterre presque en même temps, mais nous ne nous sommes pas croisés : il avait opté pour Cambridge et moi pour la London School of Economies. C'est peut-être pour ca, en partie du moins, que je suis devenu marxiste et l...

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Detalles Bibliográficos
Publicado en:Anthropologica Vol. 52; no. 2; pp. 377 - 388
Autor principal: Poirier, Sylvie
Formato: Artículo
Publicado: Canadian Anthropology Society (CASCA) 2010
Acceso en línea:Ver este registro en EBSCOhost
Descripción
Sumario:À la fin des années 1960, Bernard et moi avons fait nos études de doctorat en Angleterre presque en même temps, mais nous ne nous sommes pas croisés : il avait opté pour Cambridge et moi pour la London School of Economies. C'est peut-être pour ca, en partie du moins, que je suis devenu marxiste et lui, structuraliste. J'ai crû remarquer lors de mon séjour que !'ebullition des universités londoniennes, davantage en contact avec les soixante-huitards parisiens, tranchait avec le calme studieux des pelouses et des murs couverts de lierre d'Oxford et de Cambridge. Ce n'est qu'après notre retour au Québec que nous avons rétabli le contact, pour constater que, paradoxalement, nos orientations différentes convergeaient vers des questionnements communs. M'intéressant à l'anthropologie économique dans la perspective du matérialisme historique, je voulais vérifier l'hypothèse de Marx et d'Engels sur l'absence de rapports de domination dans les sociétés sans classes. J'avais observé des différences importantes sur ce plan entre les Garifunas de la côte hondurienne, horticulteurs forestiers et pêcheurs, et les paysans nahuas des montagnes mexicaines, chez qui les rapports sociaux, y compris les rapports de genre, étaient beaucoup plus hiérarchisés. Il me manquait des chasseurs-cueilleurs. Or, Bernard avait séjourné un an parmi l'un des rares peuples sud-américains à ne pas pratiquer l'agriculture. Il semblait enchanté de parler des Cuivas et les données abondantes qu'il me communiqua me semblèrent alors confirmer mon hypothèse (Beaucage 1976). Les petites bandes qui vivaient dé chasse et de ramassage constituaient bien les « premières sociétés d'abondance », selon l'expression heureuse de Marshall Sahlins. Sans s'identifier du tout au marxisme, Bernard me parut sincèrement heureux de voir que ses données coïncidaient avec les intuitions de Marx et d'Engels. Sauf sur un point important, celui des rapports entre les hommes et les femmes. Certes, le contrôle de la chasse ne permettait pas aux hommes d'exercer une domination; il formula même l'hypothèse qu'il s'agissait d'un moyen symbolique de contrebalancer le pouvoir considérable que donne aux femmes leur rôle fondamental et manifeste dans la procréation ([Bernard Arcand] 1976). Il me confia cependant, qu'au niveau du quotithen, ni leur rôle économique majeur ni même la résidence uxorilocale ne mettait les femmes cuivas à l'abri de la violence conjugale. Ce fait discordant m'amena, à terme, à reconsidérer ce que mon hypothèse avait de mécaniste : des rapports similaires à la production n'entraînent pas nécessairement des rapports sociaux semblables, comme on le voit si l'on compare les Iroquois et les Yanomamis. Des années plus tard, je constatai que Bernard avait poursuivi sa réflexion sur une voie convergente : il en vint à remettre en question la catégorie même de chasseurs-cueilleurs (1988), tandis que j'en venais à reconnaître une place importante à la prédation, aux côtés de la réciprocité, au sein des rapports sociaux de base des « sociétés sans classes » (autre catégorie qui n'a pas résisté à l'analyse).